Image flottante J'ai osé.... Osé lire des livres relatant des faits d'armes coloniaux français, des écrits militaires coloniaux d'Indochine.
L'école m'a enseigné la Révolution, la République, la Décolonisation, voir la faute de Vichy...
Mais on a oublié de me formater pour les Empires, La Restauration, La III èm République Colonisatrice.... Que dois je en penser ?
Un autodafé des écrits militaires du 19èm siècle m'aurait épargné des problèmes de conscience !
Enfin, le mal est fait ...
Si la moralité des faits d'armes exposés est contestable,
les actes de bravoure individuels ou en petits groupes sont incontestables.
Il n'est pas rare de lire l'amertume des militaires coloniaux de conquête qui remettent la gestion des territoires héroïquement conquis aux politiques, aux administrateurs.
Ces militaires tombent souvent amoureux de leurs conquêtes et semblent désolés par les moyens offerts, la reconnaissance, la gérance de leur employeur politique.
Les soumis montrant allégeance ne seront pas reconnus, et les insoumis provoqués. Quel gâchis.
J'admire les conquérants et ceux qui les ont remis en place. Je plains ceux qui se sont retrouvés entre les deux.
Je rage pour les exploits héroïques d'aventuriers improvisés sous l'uniforme, dont la morale et la célébration dépend des intérêts et besoins des politiques du moment.
En France, on pourrait écrire l'histoire de l'Histoire, mouvant aux aléas des régimes politiques.
Apprendre les contextes de l'Histoire pour La comprendre et l'accepter est la fondation même. Cela nous éviterait les omertàs, les mensonges par oublis, et, blasphème suprême, de vouloir enseigner nos mensonges à autrui !
..... zut, je m'égare, j'étais là pour le verre devant moi qui m'a grisé.... Le TAFIA.... revenons au TAFIA !






Les mémoires de militaires ayant participés à la conquête de l'Indochine détaillent parfois leurs réserves alimentaires lors de coups durs, et le fameux TAFIA revient toujours.
Le TAFIA était fourni en dotation aux troupes d'Indochine, au même titre que le vin, le café, le sucre..etc.
La ration réglementaire de TAFIA était de 3 cl, et était augmentée en cas d 'absence de vin. (La ration réglementaire de vin était de 1/2 litre)
Mais qu'était donc ce TAFIA, aujourd'hui inconnu ?
Le sucre étant une denrée de valeur à cette époque, la cane à sucre était intégralement transformée dans des sucrières modernes. Il en découlait un sous produit, la mélasse, noire comme le pétrole, collante comme le miel, contenant encore 45% de saccharose.
Cette mélasse mise en fermentation, distillée, donnait le TAFIA, une eau de vie particulière, appréciée par les troupes, distribuée par les services de l'armée.






De nos jours, on distille la mélasse à 96% Vol. pour l'utiliser en industrie, en carburant, voir pour faire des Rhums arrangés.
On ne cherche plus à ressortir les arômes de la mélasse, seul le Rhum de vesou (jus de cane à sucre) aurait un intérêt. C'est dommage...
Le Tafia des colonies, mais aussi l'alcool neutre actuel 96% de mélasse, ont l'appellation légale "Rhum Tradition".






Image flottante Henri Gallais écrit dans "VADE-MECUM de l'Officier au Tonkin" en 1894 (page 175) :
"Les hommes de troupe doivent prendre chaque matin le café noir, avec la ration réglementaire de tafia, pour chasser les brumes matinales."


Louis Sarrat écrit dans "Journal d'un marsouin au Tonkin" en 1886 (Page 84) :
"Un peu avant le jour, nous nous levons à la hâte pour faire le café et le prendre le plus chaud et le plus vite possible en y ajoutant une goutte de tafia (ceux qui en ont)."


Dick de Lonlay écrit "Le siège de Tuyen-Quan" en 1886. Le détail des vivres, page 11, nous donne une idée du quotidien d'un soldat d'Indochine :
"Vivres : Les vivres, en comptant par jours pour l'effectif de la garnison, comprennent : biscuit (16 jours), farines (101 jours), vin (119 jours), TAFIA (128 jours), café (118 jours), thé (124 jours), sucre (118 jours), conserves de boeuf (107 jours), lard salé (39 jours), fayots (39 jours), légumes sec (39 jours), sardines à l'huile (23 jours), riz (ration française, 60 jours), riz (ration indigène, 60 jours), fromage (1/2 jour), sel 119 jours, 25 boeufs"


Le Soldat Silbermann écrit "Souvenirs de Campagne" vers 1900 (page 199) :
"Le matin, du riz cuit à l'eau, et le soir... de l'eau bouillie avec du riz. En revanche, on nous sustentait par la lecture appétissante des ordres généraux, où il était souvent question des droits aux vivres en campagne. On nous parlait de 24 grammes de café, de 30 grammes de sucre, de 50 centilitres de vin, de TAFIA, que sais-je encore ? C'était à faire venir l'eau à la bouche..etc"



Le Général YOYRON écrit "Le rapport sur l'expédition de Chine" en 1902. Il nous confirme que l'armée n'était pas prête à donner n'importe quoi, n'importe comment aux troupes :
(page 492)

"1° Alcool : L'alcool est un excitant factice, sa valeur nutritive est nulle. Il affaiblit, déprime l'organisme, dont il amoindrit la résistance vis à vis des maladies. En conséquence, les boissons alcooliques, telle que l'Absinthe, les amers, les alcools indigènes, sont rigoureusement interdits"
(page 440)
"Ration réglementaire de TAFIA : 3 cl & Vin : 1/2 litre"







A nouveau, l'excellent livre du Soldat Silbermann "Souvenirs de Campagne" vers 1900 (page 171), nous explique d'où vient le principale problème d'alcoolisme des troupes :


"Un commerçant français, un sieur B..., qui s'intitulait colon, mais dont l'oeuvre colonisatrice consistait à débiter de l'Absinthe, l'Amer Picon et le Vermouth aux soldats de Fort Bayard, fut également attaqué une nuit par une bande de Chinois qui chercha à enlever sa moitié, sans toutefois y réussir. M.B... estima que cette tentative irrévérencieuse valait 25 000 francs et il le fit savoir par les soins de l'amiral au gouvernement Chinois. Celui ci, il faut croire, fut aussi de cet avis, car il accorda cette somme sans discuter.
Un camarde me dit en riant qu'après tout le sieur B... s'était montré peu exigeant et qu'il aurait bien pu, par dessus le marché, réclamer la croix de la Légion d'honneur. Dame ! C'est un titre que de posséder une femme qui en une nuit rapporte 25 000 francs, alors que, tout à coté, de pauvres soldats ne touchent même pas l'indemnité de vivres pour les jours où ils ne mangent pas, pas plus que d'indemnité de couchage pour les nuits où ils dorment par terre et à la belle étoile. Je serais bien étonné si à l'heure où j'écris ces lignes, ce colon de marque et de contre marque n'était pas devenu un personnage.
Car c'est ainsi que cela se passe ordinairement dans nos nouvelles colonies. Le soldat s'y bat, y meurt, est oublié; cela semble naturel; mais le civil qui y débarque... quand le canon s'est tu, qui y est en parfaite sûreté, qui s'enrichit en empoisonnant les troupiers avec des alcools frelatés, celui là, quelques années après la pacification, vient parler de ses services, de ses titres exceptionnels à une récompense et, si on ne l'arrête pas, il est prêt à s'embarquer sur le chemin de la postérité. C'est tout craché, le Tartarin de la colonisation."